Début d’année 2015, nous étions en Birmanie. Après 50 ans de dictature, le pays s’est récemment ouvert au monde, depuis 2012 pour être précis. L’une de nos motivations tournait autour de cette jeunesse dans le tourisme, en nous disant qu’on pourrait encore profiter de l’authenticité du pays avant que ça ne devienne trop l’usine. Pour cela, nous avons voulu essayer la formule trek car après renseignements nous nous étions aperçus que loger chez l’habitant était encore impossible (sauf autorisation quasi impossible à obtenir). Ces 3 petits jours resteront nos meilleurs souvenirs de nos 2 semaines en Birmanie. En effet, profiter des paysages en étant quasiment seuls, pouvoir longuement échanger avec les locaux autour d’un thé malgré la barrière de la langue contrastent avec notre arrivée à Nyaungshwe. Pollution, construction d’hôtels, beaucoup de touristes dont nous faisions partie évidemment, voilà les premières images que nous avons eu en arrivant sur les rives du lac Inle.

Petite birmane que nous avons rencontrée lors de notre trek

Petite birmane que nous avons rencontrée lors de notre trek

Tourisme de masse, est-il déjà trop tard?

En posant cette question, nous ne donnons pas forcément une réponse ferme et définitive mais nous posons un constat. Tout au long du séjour, nous nous sommes rendus compte de la vitesse à laquelle le tourisme de masse pointait son nez. Inle et Bagan sont 2 lieux incontournables et qui valent le coup d’œil mais ce succès a un prix : une abondance de visiteurs qui génèrent parfois, voir malheureusement trop souvent, de l’incivilité. Des exemples me viennent en tête :

  • Les temples de Bagan : alors que nous cherchions un temple duquel nous pourrions admirer le coucher de soleil sans trop jouer des coudes, nous nous sommes retrouvés pour cause de timing, d’orientation sur le plus gros temple, tout ce que nous voulions éviter…Well done! A cet instant, nous assistons à un ballet de bus, à des grognements en série pour avoir la meilleure place . Je ne sais pas si c’est parce que le français est notre langue maternelle mais nous avions l’impression de n’entendre que nos compatriotes.
Vraiment trop de monde sur ce temple pour le coucher du soleil....

Vraiment trop de monde sur ce temple pour le coucher du soleil….

  • Paya Shwezigon : Un autre exemple qui nous a fait honte. Nous entendons au loin des enfants chanter. Curiosité oblige nous nous approchons du lieu. Des enfants chantaient dans une petite salle sombre agenouillés devant Bouddha. Souhaitant observer mais pas déranger, nous nous postons discrètement à l’entrée. Et là c’est le drame, des français, encore eux, déboulent à 30 curieux comme nous, sauf  que le respect leur semblait étranger. Paroles à voix haute, intrusion pour prendre des photos (avec flash) et le pompon : des offrandes à l’entrée renversées!! Ne voulant pas être associé à ce groupe, nous nous écartons. Je m’en veux encore de ne pas leur avoir passer une soufflante.
  • Monastère Mahagandayon: afin de profiter des anciennes villes royales autour de Mandalay, nous avons loué les services d’un taxi et d’un guide avec 4 autres personnes. Notre guide nous emmène alors faire un circuit dont fait partie le monastère Mahagandayon. Vers 11h, il est l’heure pour les moines de recevoir leur dernier repas de la journée. Jusque là pas de problème! Sauf que lors de la procession, ils doivent traversée une marrée humaine qui dégaine leur appareil photo. Je le dis en baissant le regard mais nous avons pris 2-3 photos et, à ce moment, en se regardant avec Perrine, nous nous disons alors que c’est quand même un peu trop et nous nous mettons à leur place. Et si une centaine de personnes nous photographiait tous les midis faisant la queue à la cantine d’entreprise, que dirions nous? Que doivent-ils penser?
Moines faisant la queue pour recevoir des offrandes

Moines faisant la queue pour recevoir des offrandes

Cette ouverture massive au tourisme a également des méfaits sur les coutumes locales et sur les population. Nous en avons observé quelques uns :

  • Sur le lac Inle où nous avons passé la journée, notre capitaine de pirogue nous emmena dans des endroits qui nous ont paru plutôt louche : l’atelier de tissage dans lequel des femmes girafes officient. Problème : les femmes girafes existent bien mais pas dans cette région. Une seule en était vraiment originaire mais pas les autres. L’impression de bête de foire était bel et bien là avec la gêne qui l’accompagnait. Nous n’avons bien évidemment pas pris de photos et sommes partis le plus vite possible.
  • Toujours sur le lac Inle, l’une des attractions majeures et d’observer les pêcheurs Intha qui utilisent une technique bien particulière pour pêcher qui s’apparente à de la danse contemporaine mais tous ne sont pas d’ authentiques pêcheurs. Alors peut-être l’ont-ils était un jour mais lorsque il sont assis au bout de leur bateau, qu’ils se mettent à exécuter une danse à l’arrivée d’étrangers sans sortir le moindre poisson et se rassoient une fois les photos prises et le bateau éloigné, on peut se dire qu’il y a anguille sous roche.
Pêcheur en plein travail

Pêcheur en plein travail

  • A Bagan, des enfants vous abordent avec des dessins qui ont été fait par leurs parents. Ces derniers les envoient attirer le touriste en se faisant passer pour des mendiants. Ils sont d’ailleurs très malins car ils ont appris quelques mots d’anglais, de français (et autres langues) pour vous vendre leurs dessins.

On aurait tendance à dire « oui, il est déjà trop tard » lorsque l’on voit qu’en seulement 3 ans, la Birmanie est une destination très prisée. Il est encore difficile je pense de sortir des sentiers battus, certaines régions étant encore interdites aux touristes. De ce fait, tout le tourisme se concentre sur quelques lieux. Maintenant que le constat est là, il faut espérer qu’il se développe de manière durable et que les birmans soient gagnants et ne tombe dans une spirale de « tout pour le tourisme quel qu’en soit le prix« .

Que peut-on espérer pour la suite?

Malgré l’ouverture du pays, aujourd’hui encore en 2015, c’est la junte qui gouverne la Birmanie. Le tourisme est bien là et ce qu’on peut souhaiter est qu’il le développe bien. Mais lorsque l’on voit que les dirigeants prennent des décisions basées sur l’astrologie (déplacement de la capitale, nom du pays …), on ne semble malheureusement pas parti sur la bonne voie. Avant de partir, la question, qui nous était posée, était:  « Mais ça ne craint pas la Birmanie?« . Le gouvernement birman est malin, il a ouvert une partie du pays qui est sous contrôle et dans lequel nous ne craignons rien mais d’autres régions comme la frontière avec la Chine ou la Thaïlande ne sont pas encore autorisées car ce sont des zones de guérillas notamment pour la Jade au niveau de la Chine. Pour l’anecdote, lors de notre tour des cités royales à Mandalay, le taxi nous arrête dans une zone en plein chantier. Au milieu, pousse un complexe commercial et une pagode de Jade payée par un mécène. Rien que pour la pagode, il y en a pour 20 Millions d’euros. Un scandale lorsque l’on sait qu’une guerre subsiste pour cette pierre et que ce site est voué à des fins commerciales. Mais en Birmanie, on ne touche pas à la religion et encore moins au bouddhisme.  Le guide, lui même, gêné esquivera très rapidement les questions.

Petits moines

Ce qu’on peut espérer, c’est un tourisme durable dans lequel la population locale serait impliquée et profiterait de cette manne financière. Attention tout de même à ne pas voir les touristes comme des mallettes de billets ambulants auxquels il faut soutirer le maximum. Nous avons rencontré quelques jeunes birmans qui aujourd’hui veulent apprendre l’anglais pour devenir interprète, guide. Cette nouvelle génération possède une réelle énergie. Une activité qui nous a permis de participer à l’économie locale est un cours de cuisine chez Myo-Myo. Cette dernière nous a amené faire nos courses au marché. Le cours que nous avons payé profite donc à cette birmane mais aussi aux vendeurs du marché. Protéger le patrimoine (temples, lacs …) qui est aujourd’hui ouvert à tous sans aucune restriction est une priorité. Si l’on continue sur ce rythme, je n’ose pas imaginer l’état des édifices dans quelques années.

Sur le marché

Sur le marché

L’apparition de packaging pour les produits est assez nouveau pour les birmans qui faisaient auparavant leurs emplettes au marché. De ce fait, les rues et routes sont jonchées de plastique. On ne peut pas leur reprocher car ils n’ont jamais été sensibilisés. L’enjeu est ici : sensibiliser mais aussi traiter les déchets. Le seul endroit où nous ayons vu des avertissements est à Bagan mais c’est un processus qui prendra du temps.

Les élections en 2015 auront-elles un effet bénéfique entre oppressions des musulmans, guérillas armées et régime autoritaire? Aung San Suu Kyi oeuvre depuis de nombreuses années pour mettre la Birmanie sur de bons rails mais ne pourra surement pas se présenter directement compte tenu des origines étrangères de ses enfants. L’ironie du sort, cette loi a été mise en place par son père. Un processus qui sera dans tous les cas très long. On compte sur la nouvelle génération d’étudiants qui n’hésitent pas à sortir dans la rue pour protester.

De nombreuses personnes s’interrogent sur leur venue ou non en Birmanie afin d’éviter de participer à l’économie de la junte militaire. Notre réponse sera nette et sans bavure : il faut y aller absolument!! Il faut y aller car la première victime est le peuple birman qui est un des plus accueillants et chaleureux.  Certes vous ne passerez pas à côté du fait de donner de l’argent à la junte (même indirectement) mais il ne faut pas les délaisser et les isoler du reste du monde comme ils l’ont été depuis 50 ans. Ne les soumettons pas à une double peine. Essayons juste de faire vivre les populations locales et d’être responsable en tant que visiteurs.

Nous ne critiquons pas le tourisme car nous faisons partie de celui-ci mais juste son côté parfois envahissant. A nous de ne pas le rendre ainsi. Oui il est trop tard car les Tour Operator se sont emparés de la destination à coup de séjours bien ficelés mais non également, car il y a encore beaucoup à faire et à voir hors des sites touristiques dans ce pays qui vient de loin.

Moine en plein apprentissage

Cet article a été écrit en 2015. A l’heure où vous lisez celui-ci des choses ont surement évolué de manière positive ou négative.

Début 2016, le gouvernement décide de fermer l’accès aux temples sauf pour 5 (source). En Mars 2016, Htin Kyaw proche d’Aung San Suu Kyi est élu Président de la Birmanie (source).

D’autres bonnes nouvelles sont à venir espérons 😉

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